Nous disons généralement que le singe est le plus proche cousin de l’homme, mais il va de soi de préciser qu’on ne parle pas de n’importe quel singe, mais du chimpanzé. En effet, nous partageons avec lui 98 % de nos gènes, c’est plus que ce qu’il a en commun avec le gorille. C’est une des espèces animales les plus intelligentes au monde, qui ne finit pas de nous étonner par ses comportements si proches des nôtres.

Le chimpanzé capable de se soigner tout seul ? 

De grandes capacités cognitives

Ces grands singes sont dotés de capacités cognitives très développées, et si l’utilisation et la conception d’outils ou encore l’apprentissage culturel chez cette espèce animale ne sont plus un secret pour personne, d’autres phénomènes comportementaux nous rapprochent l’un de l’autre et sont moins connus du grand public.

Rappelez-vous de votre dernier mal de tête…Vous avez, sans doute, sans consulter un médecin, pris un médicament (celui qui est rond et blanc généralement) sachant que c’était ce qu’il vous fallait pour aller mieux, n’est-ce pas ? Et bien, sachez que les chimpanzés font la même chose !

Depuis une quarantaine d’années environ, des chercheurs se sont penchés sur la question de l’automédication chez les primates. Plusieurs cas de chimpanzés malades ont alors été observés en train de consommer une plante ou son écorce, ayant les propriétés chimiques nécessaires pour se rétablir.

Quelques exemples d’études sur les chimpanzés démontrant leur aptitude à faire de l’automédication

Dans les années 90 M. Huffman, un scientifique de l’Université de Kyoto, et ses collègues ont mis en évidence l’utilisation, par les chimpanzés, d’une plante poussant en Afrique tropicale (Vernonia amygdalina) pour se déparasiter. Ces grands singes ont été vus, au moment de la saison des pluies – saison durant laquelle l’infection par les vers est la plus forte – en train de consommer la moelle interne de la plante, en quantité insuffisante pour que cela ait un apport nutritionnel, induisant alors l’hypothèse d’une utilisation thérapeutique. En effet, les individus qui consommaient cette plante présentaient certaines caractéristiques comportementales de maladies gastro-intestinales, comme une baisse d’appétit, des diarrhées ou une constipation ainsi que des vers dans leurs excréments, symptômes qui ont diminué quelques heures après l’ingestion.

Depuis les années 2000, une autre chercheuse du Muséum National d’Histoire Naturelle, Sabrina Krief, s’intéresse de près à l’automédication chez les primates non-humains, notamment  chez les chimpanzés dans le parc national de Kibale en Ouganda. Elle a publié plusieurs études sur le sujet, voici quelques exemples de cas qu’elle a rencontrés :

  • Une jeune femelle souffrant de troubles digestifs a consommé l’écorce d’une plante (Albizia grandibracteata) active contre les parasites digestifs, permettant quelques temps après, un retour à la normale de son transit digestif.
  • Un mâle boiteux a été observé en train de consommer des feuilles au goût amer, connues pour avoir, il semblerait, un pouvoir analgésique.
  • Certains individus mangent également de la terre après la prise de feuilles comme remède, ce qui apporte une meilleure efficacité du « médicament » pour améliorer leur santé.

L'automédication chez les chimpanzés, singes et primates - Instinct Animal

Les chimpanzés utilisent des plantes pour se soigner et se guérir – Instinct Animal

L’automédication chez les grands singes : ce qui nous rassemble

Un savoir partagé entre singes et autochtones

Certaines populations humaines vivant à proximité des groupes de chimpanzés utiliseraient les mêmes plantes que les chimpanzés pour soigner des maux similaires. Par exemple, quelques ethnies africaines se serviraient des feuilles ou des écorces de la plante Vernonia amygdalina comme base pour traiter certains problèmes comme les parasites intestinaux ou les maux de ventre.

Une étude de Sabrina Krief, a également mis en évidence le recoupement de l’utilisation, entre l’homme et l’animal, de végétaux pour leurs bienfaits. Parmi plus de 135 parties de plantes connues, utilisées par les chimpanzés, un peu plus de 20% ferait partie de la médecine traditionnelle africaine.

Étudier ce comportement chez les chimpanzés, un bénéfice pour la santé humaine ?

Étudier l’automédication chez les primates permet parfois de découvrir les bienfaits thérapeutiques de certaines plantes que l’on ne soupçonnait pas. En effet, grâce à leurs observations sur l’alimentation des singes, les chercheurs mentionnés ci-dessus (comme d’autres travaillant sur le sujet) ont pu mettre en évidence de nouvelles propriétés pharmacologiques de plantes, et mis à jour de nouvelles molécules efficaces pour soigner certains troubles.

Comme quoi, le monde animal a beaucoup à nous apprendre…

Sources : Huffman, M. (2017). Primate Self-Medication, Passive Prevention and Active Treatment – A Brief Review. International Journal of Multidisciplinary Studies. 3. 1. 10.4038/ijms.v3i2.1.

Krief, S., & al. (2011). Les grands singes : qui sont-ils ? Sont-ils capables d’automédication ? Bull. Acad. Natle Méd., 195, no 8, 1927-1944, séance du 29 novembre 2011.

Crédits photos : Zweer de Bruin ; Michele W

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