Chez les animaux, la compétition ne s’arrête pas toujours après l’accouplement et la reproduction avec sa partenaire. Chez les espèces qui sont polyandres – c’est-à-dire que les femelles se reproduisent avec plusieurs partenaires (généralement les insectes et quelques espèces d’oiseaux) –, les mâles n’ont pas la certitude, après s’être accouplé, que la progéniture sera la leur. Alors, pour s’en assurer et pour pouvoir transmettre et faire perdurer leur patrimoine génétique dans le temps, ils ont parfois des techniques bien à eux, c’est ce qu’on appelle la compétition spermatique.

Éliminer la concurrence des autres mâles

Pour s’assurer de sa paternité, il faut éviter à la femelle d’aller batifoler ailleurs, et tous les moyens sont bons pour éliminer la concurrence !

Voyons quelques exemples de cette compétition spermatique tout à fait surprenante.

Court-circuiter les spermatozoïdes des prédécesseurs

Dans la compétition spermatique, plusieurs techniques sont à l’œuvre, l’une d’elles consiste à court-circuiter les spermatozoïdes des mâles s’étant accouplés à la femelle juste avant, afin qu’ils ne la fertilisent pas, et avoir ainsi toutes ses chances d’être le géniteur !

C’est le cas des agrions – insectes ressemblant aux libellules -, qui ont au bout de leur organe sexuel une sorte de petite brosse qui permet d’éliminer, lors de l’accouplement, les spermatozoïdes déjà présents à l’intérieur de la femelle. Si celui-la est le dernier à rencontrer la femelle alors il sera presque sûr de sa descendance !

Tout faire pour que ses spermatozoïdes soient fécondants

Encore plus étonnant, cette espèce de mouche à vinaigre, Drosophila pseudoobscura, produit deux types de spermatozoïdes : des non fécondants et des fécondants. Les premiers protégeraient les seconds de leur destruction par l’appareil génital de la femelle, ce qui est un moyen pour elle d’évaluer leur qualité.

Faire durer la copulation le plus longtemps possible

Chez la Necroscia sparaxes, une espèce de phasme, le mâle reste accouplé à l’appareil génital de la femelle, jusqu’à 79 jours, pour l’empêcher d’aller voir ailleurs, bien qu’il ne lui faille que quelques secondes pour transférer ses spermatozoïdes !

La ceinture de chasteté !

Beaucoup d’espèces d’insectes, qui sont impliquées dans la compétition spermatique, bloquent les organes génitaux de la femelle à l’aide d’un bouchon copulatoire, l’empêchant alors physiquement de copuler. Mais ce ne sont pas les seuls.

La couleuvre rayée a également recourt à cette technique : le mâle dépose, après l’accouplement, un épais bouchon gélatineux qui obstrue le cloaque de la femelle et la rend indisponible pour d’autres partenaires.

Ne pas lâcher sa partenaire d’une semelle…

Une autre stratégie est de « garder la femelle ». La Rousserole des Seychelles l’a bien compris ! Bien qu’une fois en couple, les deux passereaux restent ensemble jusqu’à ce que la mort les sépare, il n’est pas rare que madame aille voir ailleurs de temps en temps. Alors, comme elle n’a généralement qu’un seul œuf dans sa couvée et que sa période de reproduction est assez courte, monsieur n’a pas intérêt à rater le coche. Pour être sûr de son coup, le mâle garde sa femelle pendant sa période fertile (jusqu’à ce qu’elle ponde). Il la suit partout comme son ombre, passant même moins de temps à se nourrir !

… Allant même jusqu’à la séquestrer !

La technique la plus extrême est bien celle du calao qui ne se contente pas de surveiller sa femelle en la suivant partout ! Le mâle enferme la femelle (parfois consentante) à l’intérieur d’un nid avec une ouverture suffisante pour qu’il puisse lui apporter de la nourriture jusqu’à l’éclosion des petits.

Évidemment, on ne vous conseille pas de vous inspirer de cet exemple !

Sources

Taylor, M. Les animaux en plus de 300 curiosités, Paris, Delachaux et Niestlé, 2011, 226 pp.

Shine, R., Olson, M.M., Mason, R.T. (2000). Chastity belts in gartersnakes: the functional significance of mating plugs. Biological Journal of the Linnean Society, Volume 70, Issue 3, pp. 377–390.

Crédits photos : Tom Grant (aka Sthiramani)

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