Cette question a longtemps fait débat au sein de la communauté scientifique. Ces équidés noirs à rayures blanches ont fait l’objet de nombreuses études tentant d’expliquer la fonction de ces bandes asymétriques.

Des rayures pour se camoufler dans leur environnement

La première hypothèse a été proposée en 1889 par Alfred Wallace Russel, le codécouvreur de la théorie de l’évolution avec Charles Darwin. Selon lui, les rayures des zèbres serviraient de camouflage dans les hautes herbes. Celles-ci correspondraient également au fond de lumière et d’obscurité produit par les troncs et les branchages dans les habitats boisés. Depuis, d’autres théories sur la fonction d’anti-prédation des rayures ont été avancées.

Par exemple, le camouflage disruptif de celles-ci pourrait rendre difficile la distinction d’un individu au sein d’un groupe en mouvement, troublant ainsi la perception des prédateurs. Cette illusion d’optique serait amplifiée par la coloration perturbante des contours du corps des individus, plus difficiles à discerner lorsqu’ils sont les uns contre les autres.

Une autre idée serait que les rayures permettraient une augmentation apparente de la taille. Les bandes auraient un impact sur la corpulence et sur la perception de la vitesse et de la direction de son porteur, empêchant alors les prédateurs de « viser » correctement leur proie lors de la chasse. Or, les principaux prédateurs des zèbres, comme les lions ou les hyènes, ont une technique de chasse qui ne consiste pas à viser, mais plutôt à chasser en groupe pour isoler la proie et la déstabiliser pour la faire tomber.

Pour répondre à ces suppositions, une équipe de chercheurs a modifié des images numériques de zèbres pour reconstituer la vision qu’en ont les lions, les hyènes, l’Homme, et les zèbres eux-mêmes. Grâce aux images obtenues, les scientifiques ont conclu qu’en milieu ouvert, principal lieu de vie des équidés, les rayures ne constituaient pas un camouflage fiable vis-à-vis des prédateurs.

Les rayures d'un zèbre vues par l'Homme, un zèbre, un lion et une hyène

Image d’un zèbre selon la vision d’un humain, d’un zèbre, d’un lion et d’une hyène.

Des rayures pour mieux gérer la chaleur corporelle des zèbres

Selon une autre hypothèse, les rayures faciliteraient la dissipation de la chaleur grâce à l’alternance des bandes noires et blanches qui rafraichiraient ainsi l’animal.
Selon certains chercheurs, il n’y aurait pas de lien entre le fait de posséder des rayures et fréquenter un environnement à forte chaleur, car ces milieux regroupent des zèbres ainsi que des équidés non rayés. D’autres en revanche, ont remarqué que la largeur et le contraste des bandes de différentes espèces de zèbres augmentaient avec la température des régions géographiques fréquentées par ces équidés. Ceci corrobore l’hypothèse selon laquelle ces rayures noires et blanches créeraient des mini-courants de convexion refroidissants au ras de la peau des zèbres : l’effet serait plus prononcé chez ceux dotés de larges rayures vivant dans les endroits les plus chauds.

Certains ont même montré que la température corporelle des zèbres était inférieure à celles d’autres herbivores de taille similaire vivant dans les mêmes conditions.

Cependant, toutes ces théories ont été réfutées par des scientifiques qui ont comparé la température de l’eau contenue dans différents barils recouverts de différentes peaux : bovin blanc, bovin gris, vrai zèbre, zèbre artificiel, cheval gris et bovin noir. Le baril ayant la température la moins élevée était celui recouvert d’une peau de vache blanche, la peau de zèbre n’arrivant qu’en troisième position.

Stimuler les interactions sociales au sein du troupeau

La possibilité que les rayures des zèbres aient un rôle dans les interactions sociales a également été débattue. Etant uniques à chaque zèbre, celles-ci pourraient aider les individus d’un groupe à se reconnaitre entre eux. Cependant, d’autres équidés tels que les chevaux sauvages ont la même organisation sociale que leurs cousins rayés et n’ont pourtant pas besoin d’un tel stratagème pour se reconnaitre les uns des autres.

Ces motifs noirs et blancs pourraient également stimuler socialement leurs congénères, en orientant le toilettage sur certaines parties du corps. Les rayures au niveau du cou formeraient une zone de reconnaissance pour se faire toiletter pas les autres membres du groupe. Mais ce rôle social pourrait être tout autre, en amenant les individus à se regrouper par exemple, voire même aider dans le choix du partenaire.

Le zèbre porte des rayures pour éviter les piqures des insectes

Des rayures pour éviter les piqûres d’insectes

La dernière hypothèse, et la plus plausible, serait que les rayures permettraient d’éviter les piqûres d’insectes comme la mouche tsé-tsé et les taons, souvent porteurs de maladies telles que la peste ou la grippe équine. En effet, avec leurs poils moins épais et moins longs, les zèbres sont plus exposés aux insectes que les autres ongulés africains comme les girafes ou les antilopes.

Les scientifiques ont d’ailleurs montré que les zèbres avaient plus de rayures dans les endroits où la mouche tsé-tsé était la plus présente. De plus, les mouches seraient plus abondantes autour d’une robe unie que lorsqu’il s’agit d’une robe rayée.

Pour valider cette théorie, une étude a prouvé que des chevaux portant une couverture rayée étaient moins piqués que les chevaux portant une couverture unie. Cela s’explique par le fait que ces insectes ont une vision polarisée. Les rayures blanches renverraient une lumière polarisée qui perturberait leur vision et les empêcherait d’évaluer correctement leur vitesse et leur distance vis-à-vis des obstacles. Les taons auraient ainsi plus de difficultés à se poser sur les équidés rayés en manquant leur cible ou en les heurtant, les faisant alors rebondir.

Sources :

– Caro et al., 2019. Benefits of zebra stripes: Behaviour of tabanid flies around zebras and horses
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0210831

– Caro et al., 2014. The function of zebra stripes
https://www.nature.com/articles/ncomms4535?message-global=remove&idioma=galego

– Horváth et al., 2018. Experimental evidence that stripes do not cool zebras
https://www.nature.com/articles/s41598-018-27637-1

– Iriondo, 2015. Zebra stripes: their role in modulating biting fly loads and body temperature

https://dataspace.princeton.edu/jspui/handle/88435/dsp01j96022922

– Larison et al., 2015. How the zebra got its stripes: a problem with too many solutions

https://royalsocietypublishing.org/doi/full/10.1098/rsos.140452

– Melin et al., 2016. Zebra stripes through the eyes of their predators, zebras, and humans
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0145679

Crédits photos : Sophie Homsi

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